300 : RISE OF AN EMPIRE – Les premières images

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ONLY GOD FORGIVES : Nanarland…

Cannes 2013 : La Palme d’Or du foutage de gueule

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Que les fans de cinéma bis se réjouissent, nous tenons là le nanar de l’année ! Certes nous sommes à la fin du mois de mai, et il en reste encore sept pour faire mieux, mais la barre est déjà fixée très haut…

Il y a de cela deux ans, à part quelques râleurs tout le monde c’était accordé à reconnaître la force cinématographique de Drive, le premier film du couple Nicolas Winding Refn / Ryan Gosling. Comme sur la plupart des précédents films du réalisateur danois, tout se justifiait, de l’esthétisme à la violence, des partis pris de mise en scène au jeu des comédiens. Le (gros) problème ici c’est que tout sonne faux ! Le film se contente de jouer l’esbroufe à chaque image : le moindre plan, le moindre cadrage, la plus petite goutte de sang en devient complaisant, et essaye tant bien que mal de justifier l’histoire, mission quasi impossible puisqu’il n’y en a pas… Hé oui, n’est pas Stanley Kubrick qui veut !

Mais parmi tous les défauts du film (même s’il est déjà un défaut cinématographique en lui-même) voici un « best of » des raisons de détester Only God forgives :

– Parce qu’en jouant entièrement sur la forme, Winding Refn semble avoir oublié qu’un film a besoin d’un minimum de fond. Ici, aucun scénario à l’horizon, à par celui – et encore – d’un court-métrage ringard, qui se regarde le nombril et programmé pour passer sur Arte à 3h00 du matin.

– Chaque plan est tellement long que mixés avec ceux de Gatsby le Magnifique de Baz Luhrman, on obtiendrait presque un film regardable par l’œil humain. Tout ça d’un point de vue scientifique, artistiquement c’est une autre question…

– Les dialogues sont d’une rare crétinerie… au point qu’ils semblent avoir été improvisés pendant le tournage sous l’effet de la fatigue et de l’herbe cultivée sur place.

– Le charisme de Ryan Gosling, s’envole dès la première seconde du film. Il faut dire que jouer un mec qui caricature la façon de jouer de Ryan Gosling (en tout cas, c’est l’impression que ça donne), ça ne doit pas être évident. Regard vide et mâchoire serrée… Cela dit, le reste du casting joue à l’unisson…

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– Comment trouver un intérêt et une empathie humaine quelconque dans l’histoire d’un gars qui veut venger la mort de son frère, tué parce qu’il a violé et tué une jeune fille de 16 ans ? Sur le thème de la vengeance fraternelle, dans le même milieu (les combats de boxe), et au même endroit (la Thaïlande), on peut préférer Kickboxer avec Jean-Claude Vandamme… c’est dire !

– Les parallèles entre le rapport mère/fils et l’impuissance masculine, avec comme point culminant de cette analyse freudienne de bas étage : masturber une femme serait une métaphore du désir de retourner dans le ventre de sa mère…

Le véritable problème d’Only God forgives c’est qu’à force d’avoir travaillé chaque détail de son film au millimètre près, Winding Refn n’en a finalement fait qu’un objet rutilant mais sans âme, et surtout sans véritable intérêt. Un peu comme ces publicités qu’on trouve jolies parce que « bien foutue » mais dont fondamentalement on se fout totalement. Film expérimental, d’après le réalisateur lui-même, qui expérimente surtout la tolérance du spectateur face à la vacuité d’un certain cinéma qui s’admire à chaque plan. Et quand 1h30 de film semble en faire le double, il y a de quoi sortir épuisé… Si « seul Dieu pardonne », c’est auprès de ces même spectateurs que Nicolas Winding Refn devrait s’excuser !

Olivier Fournel

Sortie le 28 mars 2013; de Nicolas Winding Refn; Avec : Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas…; Long-métrage Franco-danois; Genre : Thriller; Durée : 1h30   Distributeur : Wilde Side / Le Pacte

X FACTEURS : PETITE HISTOIRE DU PORNO EN FRANCE – EPISODE II : STARS 80

Un âge d’or ne peut durer toujours. Si les années 70 virent s’effondrer les digues de la censure devant le raz-de-marée de l’érotisme le plus hard, si cette époque, qu’on pourrait qualifier de « dionysiaque », ébranla définitivement le règne sans partage des faux-culs de l’ordre moral, une question restait entière à l’aube des années 80 : qu’allait-on faire de cette liberté si chèrement acquise ? Car si, riche de promesses, la décennie précédente avait fait évoluer les mœurs, permis à la sexualité d’avoir un droit de cité (et de représentation) inenvisageable jusqu’alors, ouvert un nouveau champ de regard au cinéma – ne se gênant pas pour les investir, force est de reconnaître que cette liberté ne s’est pas suffi à elle même pour engendrer un véritable renouvellement des règles. On pouvait espérer que le développement de la vidéo, pour contourner toutes les contraintes économiques inhérentes au cinéma, permettrait de changer ces dites règles. Pourtant, il s’agissait, là encore, d’une illusion…

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C’est la rose l’important

L’évolution ne se fait certes pas en un jour, mais là, le combat semble des plus difficile. Et si le contingent de films X en salles est encore équivalent à celui des films plus « classiques » en 1978, il connait un chute brutale l’année suivante. Chute qui s’aggrave encore dès 1980. Les budgets s’étiolent et les films deviennent des sous produits. Le cinéma pornographique devient alors une sorte de ghetto, où toute évolution semble destinée à être étouffée dans l’œuf. Le changement de majorité politique en 1981 aurait pu changer les choses, beaucoup l’ont voulu, l’ont rêvé… Pourtant, c’est le coup de grâce, qui va être porté au cinéma X à l’arrivée d’un gouvernement de gauche resté finalement très puritain, ou plutôt qui ne souhaite pas se mouiller sur un terrain qui ne présente que peu de chance d’être consensuel. Le nouveau ministre de la culture, le « formidable » Jack Lang, affirme très vite que le sujet ne fait pas partie des priorités de ce même gouvernement.

Parallèlement, ce qu’on appelle à l’époque la vidéo domestique vient d’apparaître en France. Le VHS est mis en vente en 1978 et le succès est immédiat, ce qui favorise l’essor de la location de films et l’implantation de vidéo-clubs. La mutation qui se profile n’est pas juste économique. En ce qui concerne le X, un nouvel échelon est gravi avec l’intrusion du spectacle à domicile. Très vite, le commerce de la vidéo est importante, et les premiers « hits » apparaissent. Marilyn Jess, qui a commencé sa carrière à 19 ans en 1978, connait un succès foudroyant avec Adorable Lola. Brigitte Lahaie, déjà égérie du cinéma X devient une vraie vedette grâce à Indécences 1930 en vidéo. Preuve du succès de ce nouveau média, la presse vidéo occupe le terrain, les mensuels fleurissent dès le début des années 80, et tous se signalent au minimum par un « cahier spécial X », caisse de résonance au genre, et développant le culte des nouvelles stars : Cathy Ménard, Claudine Beccarie, Richard Allan – autrement appelé « Richard queue de béton » ou encore Alban Ceray.

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Hard Mania

Des manifestations sont organisées. A Paris, un festival de l’érotisme a lieu pendant plusieurs années sur l’emplacement du futur Opéra Bastille. Et surtout dès août 1985, le porno arrive sur la toute nouvelle chaine cryptée Canal +, qui n’a pas encore un an. Quoi de plus normale sur la chaine « du cinéma et du sport » ? Le 31 août exactement, la chaîne diffuse Exhibition de Jean-François Davy, véritable film cul(te) de 1975 ! Dès lors, le 1er samedi du mois devient un évènement aussi attendu par les abonnés (et les fans de la passoire) que la Pentecôte pour les catholiques, avec l’avantage d’avoir lieu plus souvent…

Exhibition

Mais ce « phénomène X » : l’expansion de la vidéo comme l’arrivée de Canal +, bouleverse les habitudes de consommation, en abolissant toute barrière sociale. Il faut bien le reconnaître, le porno est rentré dans les mœurs, au grand dam de certains, qui ont du mal à l’admettre ! Mais qui dit médiatisation, dit aussi scandales. Au printemps 1986, il n’est question dans le monde du X que de « l’affaire Rita Mitsouko ». Le tandem rock vient de décrocher son premier succès avec Marcia Baila. Or, sa chanteuse Catherine Ringer, a naguère tourné (parfois sous le pseudo Betty Davis), du temps où elle était à la fac, une série de films hard où elle déployait d’ailleurs beaucoup de talent (étant une des seules françaises à pratiquer la technique de la gorge profonde, ndlr). Que font les producteurs de ces cassettes ? Ils les ressortent immédiatement sous le nom de Rita Mitsouko. Procès de la chanteuse, mais rien n’y fait. Aucun problème pour les fans du groupe qui se fichent du passé de Catherine , et certains semblent apprécier la chanteuse autant que la comédienne de Poker partouze pour Marcia. Seul Serge Gainsbourg y trouvera à redire…

Autre constat, le succès grandissant du X risque de le mener très vite à la monotonie. C’est la naissance des nouveaux embranchements que sont le « hard amateur », où des particuliers se filment et vendent leurs ébats à des producteurs friands de leur maladresse face à la caméra; et le « hard-crad ». ou « curiosités » : femmes obèses, futures mamans enceintes, rasage de pubis en direct, fétichismes… et autres joyeusetés que la bienséance m’empêche de décrire ici, viennent fleurirent sur les rayons des boutiques spécialisées.

Dès 1987, la décennie pornographique s’achève principalement sur deux « points de non-retour » : l’abandon total du 35 mm au profit de la vidéo, et le début de l’utilisation du préservatif – encore minoritaire à cette époque – malgré le décès aux États-Unis de l’acteur John Holmes, atteint par le virus du Sida. Certains quittent alors le X, comme Marilyn Jess. Les films 100% safe sex finiront tout de même par arriver, mais ceci est une autre histoire…

A suivre…

Olivier Fournel

IRON MAN 3

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Le voilà, enfin, le film que beaucoup attendaient, et que notre héros en armure méritait. Malgré toutes les qualités du premier opus, excellent « Entertainment movie », force est de reconnaître que le Iron Man de John Favreau, manquait férocement de personnalité, se reposant essentiellement sur celle de son interprète Robert Downey Jr. Avouons aussi qu’arriver juste après le Dark Knight de Christopher Nolan et le Watchmen de Zach Snyder, n’était pas chose aisée. Mais en reprenant les rênes de la franchise, Shane Black passe du rêve à la réalité, réalisant un film au style que l’on attendait pas forcément… ou peut-être un peu pour les fans de la première heure du réalisateur.

Car Shane Black c’est LE scénariste des années fin 80 / début 90, père d’œuvres de références comme L’Arme fatale (1987) de Richard Donner, Last Action Hero (1993) de John Mc Tiernan, où Schwarzenegger jouait Schwarzenegger qui jouait un héros de film d’action, ou encore Le dernier samaritain (1991) du regretté Tony Scott, avec un Bruce Willis au top de sa forme verbale. Il est aussi le réalisateur de Kiss Kiss Bang Bang (2005), le film qui a permis à Robert Downey Jr de relancer sa carrière cinématographique après ses problèmes de poudreuse et de prison. Grand scénariste, Shane Black est aussi un énorme dialoguiste, roi de la vanne, et Iron Man 3 le prouve une nouvelle fois. Il était l’homme de la situation pour relancer les aventures de l’homme de fer, après le ratage du second opus, et le coup de génie des Avengers. Celui qui est considéré par beaucoup comme le maître du « buddy movie », offre le même traitement à Tony Stark, tordant ainsi les conventions du genre : film d’action, film noir, comédie. Il joue avec les clichés pour mieux les bousculer.

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Plus centré sur Stark que sur son alter égo métallique (le mot prend ici tout son sens), l’armure devient ici un personnage à part entière. On en vient très vite à faire le parallèle entre la relation Downey Jr / Stark et Stark / Iron Man. Qu’en serait-il de la franchise Iron Man sans le comédien, et de Tony Stark sans Iron Man ? D’ailleurs, l’industriel flamboyant des deux premiers films n’est plus le même. Il est en pleine dépression depuis qu’il a combattu des aliens et un dieu nordique venant d’une autre dimension aux côtés de ses nouveaux amis super-héros. Le voilà dans une grosse période de doutes (on le serait pour moins que ça…). Lorsque qu’en plus son univers personnel en prend un coup, Stark se lance dans une quête acharnée pour retrouver, non seulement un ennemi prêt à tout pour l’éliminer, mais aussi se retrouver lui même, et tenter de répondre à la question qui ne cesse de le hanter secrètement : est-ce l’homme qui fait le costume, ou le costume qui fait l’homme ?

Dès lors, le film ne cesse de montrer l’être humain en proie à ses faiblesses. Stark s’est créé un double pour se rassurer plus que pour survivre, un héros, devenu une véritable icône pour le pays qu’il défend. Mais au fond, ce n’est qu’un refuge. En réalité, il reste un homme imparfait, pire un homme blessé avec un cœur transpercé d’un bout de métal. Et c’est lui le nouvel Iron Man, cet homme qui s’expose, se met à nu face à ce (et ceux) qui l’entoure. Son but n’est plus simplement de sauver le monde, mais de se trouver en tant que personne, et non plus seulement en tant que super-héros. Une fois enlevé ce qui le rend fort et (quasi) indestructible, il va se retrouver à terre… Mais sans son costume, il se montre sous un jour plus féroce et finalement tout aussi dangereux. Son aventure au sein des Avengers l’a poussé à se remettre en question, il opère ici une renaissance qu’il espère salvatrice. Sûrement le syndrome Batman !

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Iron Man 3 est le premier film de l’écurie Marvel post Avengers. Mais à tout bien y réfléchir, l’extraordinaire succès autant critique que public de ce dernier (plus d’ 1, 5 milliards de dollars dans le monde) avait tout du cadeau empoisonné, obligeant le studio à placer la barre très haut pour ses suites (Thor 2 et Captain America 2 arrivent bientôt) et ses autres héros dérivés en attente (Ant Man). En créant un genre nouveau, , le « cross-over de blockbusters », Joss Whedon jouait gros. Un peu comme si l’on réalisait un film où James Bond s’alliait à John McLane et Jason Bourne pour combattre les méchants Transformers prêts à envahir le monde libre une nouvelle fois.

Non seulement Shane Black relève le défi de ne pas jouer la surenchère, ce qui aurait été une énorme erreur, contournant ainsi tout risque de déception, mais il réussi aussi à imposer sa touche, faisant de l’un des films les plus attendus de l’année une œuvre plutôt personnelle, en tout cas qui ressemble à son auteur. Au passage, il restaure la « cool attitude » du personnage, bien entamée par un deuxième volet raté au-delà de toutes espérances…

Qui a dit que le 3 était un chiffre maudit ? Ah oui ! Shane Black au moment de la sortie de L’Arme fatale 3…

Olivier Fournel

Sortie le 24 avril 2013; de Shane Black; Avec : Robert Downey Jr, Gwyneth Paltrow, Don Cheadle, Ben Kingsley, Guy Pearce… Long-métrage américain; Genre : action; Durée : 2h10   Distributeur : Paramount / The Walt Disney Compagny

THE PLACE BEYOND THE PINES

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Luke, cascadeur à moto itinérant, retrouve lors de l’un de ses spectacles le chemin de Romina, aventure d’un soir, et découvre qu’elle lui a caché l’existence d’un  fils. Le motard décide alors de tout quitter pour assumer ses responsabilités de nouveau père et part braquer des banques. Il va se heurter à Avery Cross, policier ambitieux, décidé à s’élever rapidement dans sa hiérarchie gangrénée par la corruption.

The place beyond the Pines invite, non sans un certain fatalisme, à réfléchir sur l’importance des choix opérés par l’Homme et s’attarde sur les répercutions qu’ils peuvent avoir sur les générations futures. Pour cela, le spectateur va suivre la chute aux Enfers de Luke (Ryan Gosling) et le chemin de croix d’Avery (Bradley Cooper), pour aboutir à la synthèse de deux parcours, à travers leurs enfants.

Si ce faux polar au goût de tragédie grecque – et trop vite assimilé par certains à un Drive à deux roues –  aurait pu rapidement sombrer dans le pathos, les nombreuses qualités filmique du long-métrage en font une œuvre chorale profonde et aboutie.

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Mais la principale gageure et réussite du réalisateur Derek Cianfrance est de réaliser un triptyque en un seul film. A la différence de Babel du mexicain Alejandro Gonzàlez Inarritu, où les images se faisaient échos et répondaient à une implacable logique narrative, ici le film est véritablement découpé en trois partie. Les scènes finales semblent d’ailleurs être la conclusion d’une saga, au même titre que Le Parrain III ou The Dark Knight rises.

Quant au casting, si le talent de Ryan Gosling ou Bradley Cooper n’est plus à démontrer,  il est bon de rappeler celui d’Eva Mendes qui avait  déjà montré toute l’étendue de celui-ci dans La nuit nous appartient de James Gray, et qui prouve qu’on peut jouer dans 2 Fast 2 Furious ou avoir comme partenaire Will Ferrell, et être à sa place dans un film d’auteur. Amaigrie et sans maquillage, elle compose ici un rôle à des années lumières de son image de sex-symbol et prouve définitivement qu’elle peut jouer sur tous les registres avec justesse.

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A noter, la présence au générique de Mike Patton, le musicien et chanteur du groupe de rock/funk/fusion Faith No More, qui assure une bande-originale soignée et envoutante, tant dans la tension quelle amène à certaines scènes que dans le retrait nécessaire à d’autres.

Tout ces atouts font de The place beyond the Pines, une partition dont chaque note compte, afin d’assurer à cette symphonie une belle illustration du déterminisme humain et de la confusion des sentiments.

Olivier Fournel

Sortie depuis le 20 mars 2013; de Derek Cianfrance; Avec : Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes, Rose Byrne, Dane Dehaan… Long-métrage américain; Genre : drame; Durée : 2h20   Distributeur : Studio Canal

X FACTEURS : PETITE HISTOIRE DU PORNO EN FRANCE – EPISODE I : THAT’S 70 SHOW

Le printemps arrive – ou en tout cas ne devrait pas tarder à arriver – et dès les premiers rayons de soleil le corps se réveille l‘esprit vagabonde, les hormones travaillent et certains souvenirs se font plus clairs, comme désengagés des frimas de l’hiver… Enfin, quand je parle de souvenirs, je parle de ceux que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître, ou très mal, et qui mérite pourtant de l’être ! Alors, pénétrons dans les coulisses d’une partie de notre patrimoine cinématographique, dont l’Histoire a subit bien des remous…

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C’était mieux avant…

X…. Depuis 1975, c’est ce traditionnel emblème de l’anonymat qui sert à nommer l’innommable. La signature de la délinquance ! Au départ, cette « marque » vient du peu d’imagination de la part des censeurs (le X de seXe). Elle provient aussi de la cotation équivalente américaine d’interdiction aux mineurs, plus grave que le R Restricted. Le X étant l’étape ultime de l’infamie… Plus prosaïquement, la réalité est un peu différente. Le X a été un garde fou pour la profession cinématographique qui, sentant ses intérêts menacés par le déferlement érotique de 1974/75, s’est frileusement replié sur son conformisme puritain. Jusque-là on pouvait voir à l’affiche des mêmes cinémas Les aventures de Rabbi Jacob et La luxure secrète. Peu après, les cinémas pornos allaient fleurir un peu partout en France.

Les films se voient imposer une TVA majorée par rapport au films « classiques », un prélèvement de 20% sur les bénéfices et une taxe forfaitaire de 300 00 francs pour les films étrangers. A ces mesures financières drastiques, s’ajoute l’interdiction à l’affichage, les films devant se contenter en guise de publicité, de leur titre. Au vu de ces contraintes, on imagine les dégâts rapides que ne va pas manquer de créer cette loi. S’ensuivent le nivellement par le bas d’une production française dont la survie est liée à des budgets de plus en plus serrés. Retour de balancier logique : puisque l’importation de films s’interrompt faute d’être rentable, la production nationale installe un quasi monopole sur ce marché. Mais obligé de faire face à ces restrictions, les films sont de moins en moins inspirés et de plus en plus interchangeables. Les rares réalisateurs un tant soit peu ambitieux – Jean-François Davy, Francis Leroi, Pierre Reinhard ou Michel Ricaud – ont du mal à garder un point de vue artistique. Mais c’est aussi à partir de ce moment là que va naître un vrai star system, particulièrement féminin. je suis a prendre

Deux nouveaux genres vont alors émerger à cette époque, le vaudeville et le mélo mondain (dont Je suis à prendre, le classique de Francis Leroi, avec Brigitte Lahaie, qui allait devenir l’égérie de toute une génération). Et c’est bien les actrices qui vont devenir la principale attraction de ces films, l’homme instrumentalisé, étant réduit à sa fonction la plus primaire. Ultime conséquence d’un genre qui, à l’époque, est quasi exclusivement masculin. Le X devient une sorte de stéréotype, et n’existe plus que dans sa réalité économique et industrielle : les films commencent à être tourné à la chaîne, avec le même type de plans, le même type d’enchainements et de positions. Cela révèle un état de fait, tant en terme de production que d’exploitation : malgré la crise provoquée par la censure, les chiffres impressionnent encore par leur ampleur. Et pourtant, bien loin de se perdre dans ses propres méandres, c’est à la fin de cette décennie semée d’embuches que le X tente de se réinventer. Pas évident…

Toujours prêts…

A partir de là, il va devenir légitime d’établir un parallèle entre le X et le fantastique, même si son irréalisme rejoint plutôt le merveilleux. Comme un récit féérique, un film X se déroule dans un univers différent du nôtre, obéissant à d’autres lois … Les hommes comme les femmes sont toujours disponibles, consentants, performants et sans condition. Dans ce monde, qu’on aimerait tous connaître, pas de problème de tempérament, d’humeur, de compatibilité, de bonne ou de mauvaise disposition. Prenons pour exemple La rabatteuse. Notre dévouée Brigitte – encore elle – reçoit la tâche de « rabattre », donc, pour les plaisirs du meilleur ami de son amant, des jeunes femmes, et ceci tous les soirs. Non seulement elle accepte sans sourciller cette fonction pour le moins inhabituelle, mais surtout elle réussit à convaincre toutes ces demoiselles, parfaites inconnues, désignée à elle par l’heureux bénéficiaire. On croit rêver ! On en rêve…

On peut aussi s’étonner de cet archétype profondément contradictoire de la pucelle qui, sensée attendre depuis des années la révélation du plaisir, se révèlent au bout de quelques minutes la perle des expertes. C’est bien là la définition du merveilleux !

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Alors, manque d’imagination des réalisateurs ? Conditions économiques précaires des productions ? Les critiques contre le X – pas toujours de bonne foi – mais parfois justifiées, tournent autour de sa médiocrité artistique et de son manque d’originalité. Ce à quoi ses défenseurs, plutôt bien inspirés, répondront que lorsque l’on regarde un film comme Parties Fines, c’est plus pour sa monotonie répétitive que pour y trouver un « retournement de situation » digne de 6ème Sens.

Mais comment briser cet éternel retour ? Comment dans ces conditions renouveler l’intérêt des consommateurs ? Une nouvelle machine du X va bientôt se mettre en marche…

A suivre…

Olivier Fournel

DIE HARD 5 vs LA CHUTE DE LA MAISON BLANCHE

LE DÉFI DES ANNÉES 80

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Nous sommes à la fin des années 80, et les Actions Mens sont au top de leur forme, et pour cause, rien ne peut les arrêter… Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger dézinguent tout sur leur passage sans la moindre égratignure, Jean-Claude Vandamme expérimente ses premiers grands écarts et Steven Seagal brise déjà moult jambes, bras et poignets. Sans oublier Chuck Norris qui lui… continue à chucknorriser les méchants. Mais voilà que l’invinsibilité des bourrins made in Hollywwod va être remise en question avec un film qui va changer les règles de l’actionner : Die Hard ! Ou plus exactement à l’époque Piège de Cristal (C’est un peu comme La guerre des étoiles qu’aujourd’hui tout le monde appelle Star Wars… nostalgie, quand tu nous tiens…). Bruce Willis, le détective cool de la série Clair de Lune va révolutionner le film d’action et surtout son héros. Certes, il continue à sortir de vannes avant de frapper ou de tirer, mais cette fois il va douter, même pleurer, et surtout il va morfler sévère ! Et le plus dingue, c’est que le spectateur va y croire, pendant quelques numéro de la franchise en tout cas… Et c’est bien le problème de ce Die Hard : Belle journée pour mourir, c’est que l’on y croit plus une seconde, voire qu’on s’y ennui ferme, comme Willis d’ailleurs. Et si c’était tout simplement le bon moment pour arrêter ? Après les « comebacks » ratés de Sly (Du plomb dans la tête) et de Schwarzy (Le dernier rempart), le vrai retour des années 80 ne se trouvait-il pas ailleurs ?

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À l’annonce de l’arrestation pour meurtre de son fils Jack, John McClane s’envole pour la Russie afin de le sortir du pétrin. Jack se révèle être un agent de la CIA. Du cœur de Moscou à la centrale nucléaire de Tchernobyl, vont s’ensuivre fusillades, explosions et trahisons… ça donne tout de suite envie !

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Au cinéma, une franchise, c’est un peu comme un élastique. À force de tirer dessus, il finit par vous péter à la gueule (exception faite, parfois, des James Bond). Le risque d’être déçu est souvent présent, et vous fait réaliser à quel point « C’était mieux avant ! ». Le cinquième opus des exploits de John McClane réussit juste à tuer la saga des Die Hard. Ce qui a longtemps fait le charme du personnage incarné par Bruce Willis, en dehors de sa capacité à « se trouver au mauvais endroit au mauvais moment », c’est cette sensation de vulnérabilité, de guy next door un peu malchanceux. Cette fois, même Iron Man dans son armure ne passerait pas à travers tout ce qu’il endure.

Alors, tant bien que (surtout) mal, Une belle journée pour mourir essaye de dissimuler le vide sidéral de son scénario, l’ineptie de ses dialogues et le manque de compréhension de l’essence même du personnage de John McClane par une suite ininterrompue et usante de poursuites, fusillades et d’explosions. Pire que tout, Bruce Willis n’y croit plus : on sombre dans la caricature, et il s’en fout… Au moins, son prédécesseur Die Hard 4.0, était un mauvais Die Hard, mais un bon film d’action. Ici, même pas ! John Moore (Max Payne, le remarke de La Malédiction… bah, oui…), se contente de nous livrer une brique de soupe à la date limite de consommation largement dépassée….

Exit donc le héros des 80’s qui veut avoir l’air moderne, et rendons vraiment hommage à cette décennie bénite des films d’action…

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Comme Bruce Willis, donc, dans le premier Die Hard, Gerard Butler incarne un personnage qui, grâce à son talent de flic et beaucoup de malchance, devra combattre pratiquement à lui tout seul toute une armée de terroristes. Mis à l’écart de la garde rapprochée du président Asher (Aaron Eckhart) à la suite d’un incident survenu il y a plus d’un an, Mike Banning (Butler) peut se racheter en mettant à profit sa connaissance des lieux quand des terroristes nord-coréens investissent la Maison-Blanche.

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On ne se mentira pas La chute de la Maison Blanche est un film de propagande pure et simple, fun, comme savent si bien le faire les américains. Une ode à l’héroïsme des agents qui risquent leur vie pour protéger le Président, et à la lutte constante que mène ce beau pays face à ceux qui voudraient remettre en question ce symbole de liberté qu’il représente.  Tout cela sans aucune subtilité, c’est entendu. Oui, les américains sont et resteront toujours de grands enfants… Mais pour autant, ne boudons pas ce spectacle qui défie toute crédibilité… pour notre plus grand plaisir !

On peut tout de même reprocher au film son manque de second degré, se prenant parfois terriblement au sérieux. L’ambition du réalisateur Antoine Fuqua, qui avait atteint jadis un bon niveau de respectabilité grâce à Training Day, semble être ici de battre le record du plus grand nombre de coups de feu et d’assassinats jamais recensés dans un long métrage. L’humour Tarantinesque en moins.

Olivier Fournel

(A good day to Die Hard) Sortie depuis le 07 février 2013; de John Moore; Avec : Bruce Willis, Jay Courtney, Sebastian Koch… Long-métrage américain; Genre : Action; Durée : 1h37   Distributeur : Twentieth Century Fox

(Olympus has fallen) Sortie le 20 mars 2013; d’Antoine Fuqua; Avec : Gerard Butler, Aaron Eckhart, Morgan Freeman, Ashley Judd… Long-métrage américain; Genre : Action       Durée : 1h51  Distributeur : SND

20 ANS D’ECART

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Le bon côté des films dont on n’attend pas grand-chose, voire rien du tout, c’est que l’on a souvent de bonnes surprises… Et face aux grosses comédies « attendues » (euh…), bankables et surtout ratées auxquelles nous avons eu droit ces derniers mois (Les Seigneurs, La vérité si je mens 3, Vive la France, Turf… pour ne citer qu’eux), 20 ans d’écart fait figure de bon élève.

Grâce à un casting sans réelle tête d’affiche, un scénario (bien) inspiré par les classiques de la comédie romantique américaine, et une mise en scène soignée, le film de David Moreau permet aux spectateurs de vibrer sur le thème inépuisable qu’est l’amour, tout en y ajoutant une touche d’originalité, parce qu’encore peu traité au cinéma, surtout dans une comédie, et encore moins en France, celui de la MILF (Mother I’d Like to Fuck… pas besoin de traduire !).

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Alice, ambitieuse journaliste de 38 ans, est prête à tout pour casser son image de femme coincée, et avoir le poste de rédactrice en chef du magazine féminin dans lequel elle travaille. Lorsque que Balthazar, charmant jeune homme d’à peine 20 ans, croise son chemin, elle va exploiter une idylle supposée entre eux pour paraître dans le coup.Alors oui, le chemin semble balisé de bout en bout : rencontre, amour, trahison, déception, mais bon… quand même… re-amour. Tout semble joué dès la première image. Mais ça, Meg Ryan et Julia Roberts nous l’ont prouvé mainte et mainte fois depuis bien longtemps…

Il faut plutôt aller voir dans ce qui fait la réussite d’une bonne romcom. Car, comme c’est le cas de certaines recettes en cuisine, ce n’est pas toujours l’originalité du plat qui compte, mais des ingrédients de qualités.

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Des situations drôles même si attendues, des répliques qui font mouches, des références (mais pas trop appuyées) aux ainés, comme ici Coup de foudre à Notting-Hill ou à certains films des frères Farrelly, des personnages attachants et surtout une alchimie qui fonctionne entre tout c’est éléments pour réaliser une mécanique bien huilée.

Le sex-appeal de Virginie Efira (confirmant au passage qu’il faut être belge pour être belle ET drôle en France), le talent inné pour la comédie de Pierre Niney, le contre emploi de Charles Berling digne d’un Will Ferrell, et voilà un film qui donne du goût à une recette aussi classique que celle de la blanquette de veau…

Olivier Fournel

Sortie le 06 mars 2013; de David Moreau; Avec : Virginie Efira, Pierre Niney, Charles Berling, Gilles Cohen… Long-métrage français; Genre : Comédie; Durée : 1h32           Distributeur : Europa Corp

A LA MERVEILLE

a la merveille

Voilà, il fallait que ça arrive… après les récents  Au-delà de Clint Eastwood, To Rome with love de Woody Allen, ou encore Cheval de guerre de Steven Spielberg, ratages filmiques sans équivoque, Terrence Malick rejoint ces grands noms (dont il fait partie) pour nous offrir son premier véritable naufrage cinématographique…

A La merveille, pourrait se définir comme ce que Scary movie est à Scream, une parodie. Parodie (ici involontaire) du travail de Malick, mais par le réalisateur lui-même ! Car voilà, la mécanique de l’artiste a cessée de fonctionner. Impression de déjà-vu ou de lassitude tout simplement ? Ce qui était lyrisme bouleversant dans Les moissons du ciel ou The tree of life, semble n’être ici qu’auto références et quasi « foutage de gueule »…

à la merveille

Comme toujours, Malick s’interroge sur le sens de la vie, de l’amour, de Dieu. Mais cette fois, son histoire et ses personnages tournent en rond, comme sa caméra flottante (qui d’ailleurs finie par ne plus être qu’un gimmick de mise en scène sans réelle utilité). On aimerait qu’il se passe quelque chose, trouver des réponses aux questions posées, mais tout comme le prêtre interprété par Javier Bardem (excellent, mais inutile) qui s’interroge sur l’amour divin, on se met très vite à douter de notre amour de cinéphile pour ce projet. Parce que A la merveille, c’est quoi ?

Un homme, Ben Affleck (qui quitte son meilleur rôle, celui de réalisateur, pour retrouver celui d’acteur au charisme d’huitre) qui rencontre une femme (Olga Kurylenko, fragile et touchante) et qui va l’entrainer dans l’ennui de son quotidien. Très vite elle s’ennuie, donc, et le quitte. Il va finir par la reprendre, parce qu’il pense que c’est son devoir, quitte à abandonner une autre femme (Rachel McAdams, dont on se demande si elle n’a pas été sacrifiée au montage comme Sean Penn dans The tree of life), qui, elle, le rendait heureux…

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A la merveille, c’est ça… plus une main devant un soleil orangé, des avions qui passent dans le ciel comme le signe d’un changement qui approche, des bisons dans un champ de blé, le Mont Saint Michel rarement aussi joliment filmé (il faut le reconnaître)… Malick à toujours des visions et veut nous en faire profiter.

Tourné dans les années 60/70 par Chris Marker ou William Klein, on aurait appelé ça du cinéma expérimental. Aujourd’hui, c’est juste chiant… Et pourtant, tout comme Spielberg, Scorsese, Eastwood et d’autres vieillissant du cinéma. Terrence Malick reste un grand artiste et un faiseur d’images sans pareil, qui arrive à nous toucher même quand on est à la limite de l’endormissement. Et la spiritualité de son esthétisme donne encore quelques belles fulgurances visuelles, dans un film au bord de l’étouffement.

Même ratée, une œuvre comme celle-ci mérite d’être vécue, au moins pour avoir le privilège de s’y être emmerdé…

Olivier Fournel

(To the Wonder) Sortie le 06 mars 2013; de Terrence Malick; Avec : Ben Affleck, Olga Kurylenko, Rachel McAdams, Javier Bardem… Long-métrage américain ; Genre : Drame Durée : 1h52           Distributeur : Metropolitan Filmexport