300 : RISE OF AN EMPIRE – Les premières images

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BORGIA – La saison 3 bientôt en tournage

CANAL+ vient d’annoncer le tournage de la saison 3 de BORGIA signée Tom Fontana.
La série BORGIA revient pour un troisième et dernier opus qui verra le déclin de Rodrigo et les avancées de Cesare dans sa poursuite du rêve commun de la famille Borgia : unifier l’Italie.

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Le tournage de cette nouvelle saison durera huit mois – du 27 mai jusqu’au 27 janvier 2014 – en République Tchèque et Italie (région de Rome, notamment).

Le triomphe de l’oubli :
S’étalant sur une dizaine d’années, la troisième saison de BORGIA suit la famille Borgia à mesure qu’elle avance – et l’Italie avec elle – vers l’aube d’un nouveau siècle : Cesare se taille un chemin de conquêtes à travers les États Pontificaux, Lucrezia tente d’imprimer sa marque sur Rome, et Rodrigo, le vieillissant Pape Alexandre VI, lutte pour ne pas voir l’âge anéantir ses forces.

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BORGIA saison 3
Une série de 12 épisodes de 52 minutes
Créée par Tom Fontana pour la Création Originale CANAL+

Réalisation : Christoph Schrewe, Metin Huyesin
Avec John Doman (Rodrigo Borgia), Mark Ryder (Cesare Borgia), Isolda Dychauk (Lucrezia Borgia), Assumpta Serna (Vannozza Cattanei)…

ONLY GOD FORGIVES : Nanarland…

Cannes 2013 : La Palme d’Or du foutage de gueule

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Que les fans de cinéma bis se réjouissent, nous tenons là le nanar de l’année ! Certes nous sommes à la fin du mois de mai, et il en reste encore sept pour faire mieux, mais la barre est déjà fixée très haut…

Il y a de cela deux ans, à part quelques râleurs tout le monde c’était accordé à reconnaître la force cinématographique de Drive, le premier film du couple Nicolas Winding Refn / Ryan Gosling. Comme sur la plupart des précédents films du réalisateur danois, tout se justifiait, de l’esthétisme à la violence, des partis pris de mise en scène au jeu des comédiens. Le (gros) problème ici c’est que tout sonne faux ! Le film se contente de jouer l’esbroufe à chaque image : le moindre plan, le moindre cadrage, la plus petite goutte de sang en devient complaisant, et essaye tant bien que mal de justifier l’histoire, mission quasi impossible puisqu’il n’y en a pas… Hé oui, n’est pas Stanley Kubrick qui veut !

Mais parmi tous les défauts du film (même s’il est déjà un défaut cinématographique en lui-même) voici un « best of » des raisons de détester Only God forgives :

– Parce qu’en jouant entièrement sur la forme, Winding Refn semble avoir oublié qu’un film a besoin d’un minimum de fond. Ici, aucun scénario à l’horizon, à par celui – et encore – d’un court-métrage ringard, qui se regarde le nombril et programmé pour passer sur Arte à 3h00 du matin.

– Chaque plan est tellement long que mixés avec ceux de Gatsby le Magnifique de Baz Luhrman, on obtiendrait presque un film regardable par l’œil humain. Tout ça d’un point de vue scientifique, artistiquement c’est une autre question…

– Les dialogues sont d’une rare crétinerie… au point qu’ils semblent avoir été improvisés pendant le tournage sous l’effet de la fatigue et de l’herbe cultivée sur place.

– Le charisme de Ryan Gosling, s’envole dès la première seconde du film. Il faut dire que jouer un mec qui caricature la façon de jouer de Ryan Gosling (en tout cas, c’est l’impression que ça donne), ça ne doit pas être évident. Regard vide et mâchoire serrée… Cela dit, le reste du casting joue à l’unisson…

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– Comment trouver un intérêt et une empathie humaine quelconque dans l’histoire d’un gars qui veut venger la mort de son frère, tué parce qu’il a violé et tué une jeune fille de 16 ans ? Sur le thème de la vengeance fraternelle, dans le même milieu (les combats de boxe), et au même endroit (la Thaïlande), on peut préférer Kickboxer avec Jean-Claude Vandamme… c’est dire !

– Les parallèles entre le rapport mère/fils et l’impuissance masculine, avec comme point culminant de cette analyse freudienne de bas étage : masturber une femme serait une métaphore du désir de retourner dans le ventre de sa mère…

Le véritable problème d’Only God forgives c’est qu’à force d’avoir travaillé chaque détail de son film au millimètre près, Winding Refn n’en a finalement fait qu’un objet rutilant mais sans âme, et surtout sans véritable intérêt. Un peu comme ces publicités qu’on trouve jolies parce que « bien foutue » mais dont fondamentalement on se fout totalement. Film expérimental, d’après le réalisateur lui-même, qui expérimente surtout la tolérance du spectateur face à la vacuité d’un certain cinéma qui s’admire à chaque plan. Et quand 1h30 de film semble en faire le double, il y a de quoi sortir épuisé… Si « seul Dieu pardonne », c’est auprès de ces même spectateurs que Nicolas Winding Refn devrait s’excuser !

Olivier Fournel

Sortie le 28 mars 2013; de Nicolas Winding Refn; Avec : Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas…; Long-métrage Franco-danois; Genre : Thriller; Durée : 1h30   Distributeur : Wilde Side / Le Pacte

UN HOMME EFFACE – Alexandre Postel

Damien North est « Un homme effacé ». Il est veuf, professeur d’université et a peu de loisirs. Damien North est un homme banal, qui va se retrouver malgré lui écrasé par les rouages de la machine judiciaire. Il va être accusé de pédopornographie. Il n’en ressortira pas fondamentalement changé, juste un peu plus accablé par le poids de la vie. Damien North, c’est vous et moi. Un homme effacé a fait peu de bruit lors de sa sortie, mais a pourtant reçu le Goncourt du premier roman 2013 et le Prix Landerneau 2013. Et c’est peu dire si ce roman dérangeant mérite ces récompenses.

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L’histoire est banale : un homme discret est accusé à tort de pédopornographie et soumis à la vindicte populaire, comme c’est trop souvent le cas de nos jours (accusés d’Outreau, si vous nous lisez). Du jour où il va être mis en cause, tous ses gestes et dires vont prendre une autre dimension, glaçante : celle de sa culpabilité certaine. Pourtant, Damien North est innocent. C’est le postulat de départ du livre et ici aucun suspens, on ne cesse de le rappeler. Mais c’est en ça que s’exprime le talent de l’auteur, Alexandre Postel. Le lecteur devient de plus en plus suspicieux au fil des pages. Plus il avance dans la livre, plus il en vient lui aussi à s’interroger, comme ces gens qui revoient leur jugement.. Et s’il y avait une révélation de dernière minute ? Et si ce roman était en fait un thriller magistral, à la manière du Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie ? Le climax est atteint lorsque, du fond de sa prison, North participe à une étude sur la réinsertion des pédophiles et qu’il est évident qu’il en a toutes les caractéristiques. Et contre toute attente, aucune révélation finale. Mais aucune déception non plus ! Par ce tour de force talentueux, Postel réussit à faire du lecteur l’allégorie de ce qu’il dénonce : une société prête à tomber à bras raccourcis sur un homme pour en faire un bouc émissaire. Une société abrutie par les images, qui accepte sans réfléchir, et sans prendre le moindre recul sur ce qu’on lui fait avaler.. On se prend aussi à le détester ce Damien un peu mou. Nous aussi, aurions envie de le brusquer un peu, de lui faire payer son innocence.

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Un homme effacé est un roman dérangeant, mais tellement subtil. L’auteur se contentant de nous raconter l’histoire de Damien North, sans rien dire de plus. Et c’est en nous mettant face à nos propres contradictions (mais ce serait si simple s’il était coupable) qu’Alexandre Postel dénonce, avec force, le poids des rumeurs, de la nécessité de se conformer aux conventions, les dérives des assertions judiciaires, la vacuité d’une société obnubilée par les images (la description des images pédophiles et à la fois fascinante et nauséabonde). Et, alors que l’on referme le livre sur l’évocation d’un discours, on ne peut s’empêcher de penser à l’importance des mots, ceux qui sont dits, ceux qui sont tus, et à leur impact sur notre universelle solitude.

Lilith Peper

Un homme effacé d’Alexandre Postel, aux Editions Gallimard – Goncourt du premier roman 2013 et le Prix Landerneau 2013

LA VERITE SUR L’AFFAIRE HARRY QUEBERT – Joël Dicker

New-York, printemps 2008. Sous la pression du succès fulgurant de son premier roman, Marcus Goldman peine à trouver l’inspiration pour écrire son deuxième livre. Alors qu’il commence à se faire à l’idée de laisser expirer le délai  du juteux contrat passé avec son éditeur, coup de théâtre : son maître à penser, son père spirituel, le célèbre auteur Harry Québert, est accusé de meurtre. Commence alors une enquête qui pousse Marcus (et le lecteur) à s’interroger sur les relations humaines, les faux-semblants et à se poser une question plus fondamentale que ce qu’on pourrait penser : comment écrit-on un (bon) roman ?

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Mille récits en un dans La vérité sur l’affaire Harry Québert : celui que lit le lecteur, celui que veut écrire Marcus, celui qu’il écrit, celui que les gens croient qu’il écrit, celui que son éditeur veut qu’il écrive, celui que Québert a écrit, ceux qu’on aimerait écrire et ceux qu’on aurait préféré ne jamais avoir imaginés… De façon évidente, il y a un roman dans le roman : les premiers jets du livre qu’écrit le personnage sont offerts au lecteur comme une avant-première. Cette mise en abyme enrichit doublement le récit, qui se lit avec fluidité et délectation, malgré sa complexité et ses multiples angles d’approche. A la fois thriller, chronique d’une Amérique qui voudrait changer sans vraiment réussir (ou le vouloir), roman d’amour et d’amitié, La vérité sur l’affaire Harry Québert sait s’adapter à son public. Ceux qui veulent s’arrêter au roman d’amour, ou d’amitié, le pourront en passant un très bon moment. De même, ceux qui veulent n’y voir qu’un thriller peuvent se préparer à des nuits blanches. Mais au-delà du thriller haletant, le roman propose une réflexion sur les travers de notre société ; ainsi celui qui veut y lire une analyse de la société américaine sera servi. Le roman se déroule durant la période de la première élection de Barack Obama, et l’évocation de cet évènement planétaire et historique, plus qu’un simple détail, fait la singularité et l’intérêt du roman. Si, en effet, le contexte socio-politique est régulièrement évoqué, il n’est ni détaillé, ni décortiqué de façon apparente. Mais c’est le contraste entre un événement fondamental, marqueur de l’avènement d’une ère nouvelle de niveau mondial (l’élection d’un président noir à la tête du pays qui domine le monde) et le fait indéniable de la persistance d’une certaine forme de superficialité, de vacuité de la société et de ses attentes, qui fait la qualité première de ce roman.

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Le livre de Marcus Goldman doit sortir avant ou juste après les élections, afin d’être assuré d’une médiatisation maximum; son éditeur, évidemment vénal, a un point de vue sans équivoque : aucun événement n’est plus important que la médiatisation qu’on en fait. L’important est ce qui se dit, ce qui s’entend (Québert le dit lui-même : « n’écrivez pas pour qu’on vous lise; écrivez pour être entendu ») tout ne fait que passer et s’oublie aussi vite; seul l’argent reste… et encore. Mais comme le rappelle la 4e de couverture, La vérité est aussi – et surtout – un roman sur les romans. Comment écrit on un roman, et qu’est ce qui fait qu’un écrivain est un écrivain ? La paternité nominative d’un récit fait elle du père patronymique l’auteur dudit récit? Qu’est ce qu’un bon sujet ? L’auteur, Joël Dicker, ne répond pas à ces questions mais se contente de donner des pistes de réflexion, de les creuser, de les lâcher parfois, pour mieux y revenir, ou pas. Il dresse un constat terrible : tout n’est qu’éternel recommencement. Un nouveau roman est à peine achevé qu’il faut déjà se lancer dans l’écriture du suivant. Un événement à peine abordé qu’il faut déjà occuper la scène médiatique sur un autre sujet. Ne semblent résister à cette surenchère que les relations amoureuses et amicales, pour peu que l’on accepte de souffrir, puisque, comme le dit Harry Québert  » Ecrire un livre, c’est comme aimer quelqu’un : ça peut devenir très douloureux ». La vérité sur l’affaire Québert est un roman « boule à facettes », tant par ses axes de lectures, ses formes multiples, que par les sensations qu’il provoque : tout aussi enthousiasmant, passionnant, brillant, subtil, que profondément pessimiste.

Lilith Peper

La vérité sur l’affaire Québert de Joel Dicker, aux Editions De Fallois – Goncourt des lycéens et Grand Prix de l’Académie Français 2012

HANNIBAL – la série

Après les adaptations (The Sarah Connor chronicles, Nikita, Stargate…), les reboots (Le retour de K2000, Charlie’s angels, V, Hawai Five 0,…), les suites (Dallas, Berverly Hills, la nouvelle génération…),  voici la nouvelle marotte d’Hollywood : le préquel de film en série ! D’abord avec Bate’s Motel, soit la jeunesse de Norman Bates le héros psychopathe du film d’Hitchcock Psychose, qui revient sur sa relation avec sa mère, avant que son squelette ne serve de déco dans la chambre à coucher. Hannibal fait encore plus fort puisqu’il s’agit d’un préquel de préquel , mais aussi d’une suite de préquel. Oui, il y a de quoi se perdre…

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Hannibal – la série, se situe juste avant Dragon Rouge (trèèèès mauvais film du tâcheron Brett Ratner), lui même remake de Sixième Sens (trèèèès bon film du génial Michael Mann), et préquel du Silence des agneaux. Mais aussi, suite d’Hannibal, les origines du mal qui suivait la jeunesse quelque peu chaotique du futur psychiatre amateur de cervelle humaine arrosée au chianti. Oui, j’avoue, il y a de quoi se perdre (N’hésitez-pas à relire ces quelques lignes si besoin est). Mais qu’en est-il exactement de la série ? La première surprise est d’y retrouver à sa tête un showrunner d’exception en la personne de Bryan Fuller, génial (mais malheureux en terme d’audiences) créateur du drôlissime Dead like me et du magnifiquement onirique Pushing Daises (accessoirement appelé à la rescousse de Heroes lors de la saison 3, sans grand succès, cqfd !). Voilà un univers dans lequel on ne l’attendait pas… Restait maintenant à savoir quel sort il avait réservé à ce personnage devenu en quelques années aussi culte que Dark Vador ou Freddy Krueger !

Will Graham (Hugh Dancy, entraperçu dans Le Roi Arthur et de nombreuses productions anglaises) est un agent du FBI qui a la capacité, véritable malédiction, d’entrer dans l’esprit des tueurs qu’il traque, afin de comprendre les crimes qu’ils ont commis. Un don qui plonge le policier dans un état qui le fait vivre dans une angoisse permanente. L’agent Jack Crawford (Laurence Fishburne) vient le chercher dans l’université où il enseigne afin de lui demander son aide sur une affaire de crimes en série particulièrement sanglant, où des étudiants sont retrouvés vidés de certains de leurs organes. Cela ne vous rappelle pas quelque chose… ou quelqu’un ? Crawford, fait alors aussi appelle au Docteur Lecter, brillant et reconnu psychiatre  pour le conseiller dans son enquête. Un consultant érudit et particulièrement utile, mais qui, l’air de rien, s’immisce, lui aussi, dans les méandres du cerveau de Graham … Un faux suspens se met alors très vite en place puisque l’on connait le personnage, et que l’on sait ce qui va lui arriver.. C’est peut-être une des premières limites de la série.

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L’évident bon point du show est la présence de Mads Mikkelsen (Le « chiffre » dans Casino Royal et acteur fétiche de Nicolas Winding Refn) dans le rôle d’Hannibal Lecter, même si ses qualités en font un défaut.. Un peu trop étrange et flippant dès le départ, là où Anthony Hopkins amenait une ambigüité glaçante.

Autre défaut, et non des moindres, la mise en scène. Bourrée d’artifices (rêves, ralentis et autres hallucinations) et de détails sensés nous rappeler – par touches – les éléments de la saga, on sent le gimmick visuel à 10 kilomètres à la ronde. Le tout accompagné de vibrations, et de quelques notes du premier mouvement des Variations Goldberg de Bach pour nous rappeler lourdement la fameuse scène de cuisine humaine d’Hannibal de Ridley Scott. Comme si Lecter, fin mélomane, ne connaissait que ce morceau… Pourtant, loin d’être totalement inutile, elle sert aussi le récit, en donnant corps à ce qu’ellel veut dire de ses personnages et de l’univers dans lequel ils évoluent. Même si elle semble souvent hésiter esthétiquement entre la froideur du Silence des Agneaux et le Hannibal, super (trop) léché, de Scott. Elle témoigne pourtant, il faut le reconnaître, d’un soin et d’une qualité de production notables et inattendus  pour une grosse network comme NBC. Voilà une série que l’on aurait plus imaginé sur Showtime (Dexter) ou AMC (The walking dead). Un peu comme si TF1 décidait de produire un remake adapté de Seven.

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Certes, il ne s’agit là que du pilote, et les qualités d’une série se juge sur bien plus que ça. Alors laissons lui (un peu) le temps de s’installer. Et si celle-ci parvient à conserver son atmosphère, sans écraser la narration et ses personnages sous certaines de ces lourdeurs visuelles, alors la série pourrait confirmer les attentes que beaucoup place en elle. Mais attention au trop plein : suites, remake, préquels, série télé… on se croirait dans Star Wars et chez les héros Marvel. Alors, après Chewbacca et Iron Man, Hannibal Lecter dans l’écurie Disney… ça serait un comble pour un cannibale de cette classe !

La série a été achetée par Canal +. Encore aucune date de diffusion prévue…

Olivier Fournel

X FACTEURS : PETITE HISTOIRE DU PORNO EN FRANCE – EPISODE II : STARS 80

Un âge d’or ne peut durer toujours. Si les années 70 virent s’effondrer les digues de la censure devant le raz-de-marée de l’érotisme le plus hard, si cette époque, qu’on pourrait qualifier de « dionysiaque », ébranla définitivement le règne sans partage des faux-culs de l’ordre moral, une question restait entière à l’aube des années 80 : qu’allait-on faire de cette liberté si chèrement acquise ? Car si, riche de promesses, la décennie précédente avait fait évoluer les mœurs, permis à la sexualité d’avoir un droit de cité (et de représentation) inenvisageable jusqu’alors, ouvert un nouveau champ de regard au cinéma – ne se gênant pas pour les investir, force est de reconnaître que cette liberté ne s’est pas suffi à elle même pour engendrer un véritable renouvellement des règles. On pouvait espérer que le développement de la vidéo, pour contourner toutes les contraintes économiques inhérentes au cinéma, permettrait de changer ces dites règles. Pourtant, il s’agissait, là encore, d’une illusion…

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C’est la rose l’important

L’évolution ne se fait certes pas en un jour, mais là, le combat semble des plus difficile. Et si le contingent de films X en salles est encore équivalent à celui des films plus « classiques » en 1978, il connait un chute brutale l’année suivante. Chute qui s’aggrave encore dès 1980. Les budgets s’étiolent et les films deviennent des sous produits. Le cinéma pornographique devient alors une sorte de ghetto, où toute évolution semble destinée à être étouffée dans l’œuf. Le changement de majorité politique en 1981 aurait pu changer les choses, beaucoup l’ont voulu, l’ont rêvé… Pourtant, c’est le coup de grâce, qui va être porté au cinéma X à l’arrivée d’un gouvernement de gauche resté finalement très puritain, ou plutôt qui ne souhaite pas se mouiller sur un terrain qui ne présente que peu de chance d’être consensuel. Le nouveau ministre de la culture, le « formidable » Jack Lang, affirme très vite que le sujet ne fait pas partie des priorités de ce même gouvernement.

Parallèlement, ce qu’on appelle à l’époque la vidéo domestique vient d’apparaître en France. Le VHS est mis en vente en 1978 et le succès est immédiat, ce qui favorise l’essor de la location de films et l’implantation de vidéo-clubs. La mutation qui se profile n’est pas juste économique. En ce qui concerne le X, un nouvel échelon est gravi avec l’intrusion du spectacle à domicile. Très vite, le commerce de la vidéo est importante, et les premiers « hits » apparaissent. Marilyn Jess, qui a commencé sa carrière à 19 ans en 1978, connait un succès foudroyant avec Adorable Lola. Brigitte Lahaie, déjà égérie du cinéma X devient une vraie vedette grâce à Indécences 1930 en vidéo. Preuve du succès de ce nouveau média, la presse vidéo occupe le terrain, les mensuels fleurissent dès le début des années 80, et tous se signalent au minimum par un « cahier spécial X », caisse de résonance au genre, et développant le culte des nouvelles stars : Cathy Ménard, Claudine Beccarie, Richard Allan – autrement appelé « Richard queue de béton » ou encore Alban Ceray.

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Hard Mania

Des manifestations sont organisées. A Paris, un festival de l’érotisme a lieu pendant plusieurs années sur l’emplacement du futur Opéra Bastille. Et surtout dès août 1985, le porno arrive sur la toute nouvelle chaine cryptée Canal +, qui n’a pas encore un an. Quoi de plus normale sur la chaine « du cinéma et du sport » ? Le 31 août exactement, la chaîne diffuse Exhibition de Jean-François Davy, véritable film cul(te) de 1975 ! Dès lors, le 1er samedi du mois devient un évènement aussi attendu par les abonnés (et les fans de la passoire) que la Pentecôte pour les catholiques, avec l’avantage d’avoir lieu plus souvent…

Exhibition

Mais ce « phénomène X » : l’expansion de la vidéo comme l’arrivée de Canal +, bouleverse les habitudes de consommation, en abolissant toute barrière sociale. Il faut bien le reconnaître, le porno est rentré dans les mœurs, au grand dam de certains, qui ont du mal à l’admettre ! Mais qui dit médiatisation, dit aussi scandales. Au printemps 1986, il n’est question dans le monde du X que de « l’affaire Rita Mitsouko ». Le tandem rock vient de décrocher son premier succès avec Marcia Baila. Or, sa chanteuse Catherine Ringer, a naguère tourné (parfois sous le pseudo Betty Davis), du temps où elle était à la fac, une série de films hard où elle déployait d’ailleurs beaucoup de talent (étant une des seules françaises à pratiquer la technique de la gorge profonde, ndlr). Que font les producteurs de ces cassettes ? Ils les ressortent immédiatement sous le nom de Rita Mitsouko. Procès de la chanteuse, mais rien n’y fait. Aucun problème pour les fans du groupe qui se fichent du passé de Catherine , et certains semblent apprécier la chanteuse autant que la comédienne de Poker partouze pour Marcia. Seul Serge Gainsbourg y trouvera à redire…

Autre constat, le succès grandissant du X risque de le mener très vite à la monotonie. C’est la naissance des nouveaux embranchements que sont le « hard amateur », où des particuliers se filment et vendent leurs ébats à des producteurs friands de leur maladresse face à la caméra; et le « hard-crad ». ou « curiosités » : femmes obèses, futures mamans enceintes, rasage de pubis en direct, fétichismes… et autres joyeusetés que la bienséance m’empêche de décrire ici, viennent fleurirent sur les rayons des boutiques spécialisées.

Dès 1987, la décennie pornographique s’achève principalement sur deux « points de non-retour » : l’abandon total du 35 mm au profit de la vidéo, et le début de l’utilisation du préservatif – encore minoritaire à cette époque – malgré le décès aux États-Unis de l’acteur John Holmes, atteint par le virus du Sida. Certains quittent alors le X, comme Marilyn Jess. Les films 100% safe sex finiront tout de même par arriver, mais ceci est une autre histoire…

A suivre…

Olivier Fournel

IRON MAN 3

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Le voilà, enfin, le film que beaucoup attendaient, et que notre héros en armure méritait. Malgré toutes les qualités du premier opus, excellent « Entertainment movie », force est de reconnaître que le Iron Man de John Favreau, manquait férocement de personnalité, se reposant essentiellement sur celle de son interprète Robert Downey Jr. Avouons aussi qu’arriver juste après le Dark Knight de Christopher Nolan et le Watchmen de Zach Snyder, n’était pas chose aisée. Mais en reprenant les rênes de la franchise, Shane Black passe du rêve à la réalité, réalisant un film au style que l’on attendait pas forcément… ou peut-être un peu pour les fans de la première heure du réalisateur.

Car Shane Black c’est LE scénariste des années fin 80 / début 90, père d’œuvres de références comme L’Arme fatale (1987) de Richard Donner, Last Action Hero (1993) de John Mc Tiernan, où Schwarzenegger jouait Schwarzenegger qui jouait un héros de film d’action, ou encore Le dernier samaritain (1991) du regretté Tony Scott, avec un Bruce Willis au top de sa forme verbale. Il est aussi le réalisateur de Kiss Kiss Bang Bang (2005), le film qui a permis à Robert Downey Jr de relancer sa carrière cinématographique après ses problèmes de poudreuse et de prison. Grand scénariste, Shane Black est aussi un énorme dialoguiste, roi de la vanne, et Iron Man 3 le prouve une nouvelle fois. Il était l’homme de la situation pour relancer les aventures de l’homme de fer, après le ratage du second opus, et le coup de génie des Avengers. Celui qui est considéré par beaucoup comme le maître du « buddy movie », offre le même traitement à Tony Stark, tordant ainsi les conventions du genre : film d’action, film noir, comédie. Il joue avec les clichés pour mieux les bousculer.

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Plus centré sur Stark que sur son alter égo métallique (le mot prend ici tout son sens), l’armure devient ici un personnage à part entière. On en vient très vite à faire le parallèle entre la relation Downey Jr / Stark et Stark / Iron Man. Qu’en serait-il de la franchise Iron Man sans le comédien, et de Tony Stark sans Iron Man ? D’ailleurs, l’industriel flamboyant des deux premiers films n’est plus le même. Il est en pleine dépression depuis qu’il a combattu des aliens et un dieu nordique venant d’une autre dimension aux côtés de ses nouveaux amis super-héros. Le voilà dans une grosse période de doutes (on le serait pour moins que ça…). Lorsque qu’en plus son univers personnel en prend un coup, Stark se lance dans une quête acharnée pour retrouver, non seulement un ennemi prêt à tout pour l’éliminer, mais aussi se retrouver lui même, et tenter de répondre à la question qui ne cesse de le hanter secrètement : est-ce l’homme qui fait le costume, ou le costume qui fait l’homme ?

Dès lors, le film ne cesse de montrer l’être humain en proie à ses faiblesses. Stark s’est créé un double pour se rassurer plus que pour survivre, un héros, devenu une véritable icône pour le pays qu’il défend. Mais au fond, ce n’est qu’un refuge. En réalité, il reste un homme imparfait, pire un homme blessé avec un cœur transpercé d’un bout de métal. Et c’est lui le nouvel Iron Man, cet homme qui s’expose, se met à nu face à ce (et ceux) qui l’entoure. Son but n’est plus simplement de sauver le monde, mais de se trouver en tant que personne, et non plus seulement en tant que super-héros. Une fois enlevé ce qui le rend fort et (quasi) indestructible, il va se retrouver à terre… Mais sans son costume, il se montre sous un jour plus féroce et finalement tout aussi dangereux. Son aventure au sein des Avengers l’a poussé à se remettre en question, il opère ici une renaissance qu’il espère salvatrice. Sûrement le syndrome Batman !

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Iron Man 3 est le premier film de l’écurie Marvel post Avengers. Mais à tout bien y réfléchir, l’extraordinaire succès autant critique que public de ce dernier (plus d’ 1, 5 milliards de dollars dans le monde) avait tout du cadeau empoisonné, obligeant le studio à placer la barre très haut pour ses suites (Thor 2 et Captain America 2 arrivent bientôt) et ses autres héros dérivés en attente (Ant Man). En créant un genre nouveau, , le « cross-over de blockbusters », Joss Whedon jouait gros. Un peu comme si l’on réalisait un film où James Bond s’alliait à John McLane et Jason Bourne pour combattre les méchants Transformers prêts à envahir le monde libre une nouvelle fois.

Non seulement Shane Black relève le défi de ne pas jouer la surenchère, ce qui aurait été une énorme erreur, contournant ainsi tout risque de déception, mais il réussi aussi à imposer sa touche, faisant de l’un des films les plus attendus de l’année une œuvre plutôt personnelle, en tout cas qui ressemble à son auteur. Au passage, il restaure la « cool attitude » du personnage, bien entamée par un deuxième volet raté au-delà de toutes espérances…

Qui a dit que le 3 était un chiffre maudit ? Ah oui ! Shane Black au moment de la sortie de L’Arme fatale 3…

Olivier Fournel

Sortie le 24 avril 2013; de Shane Black; Avec : Robert Downey Jr, Gwyneth Paltrow, Don Cheadle, Ben Kingsley, Guy Pearce… Long-métrage américain; Genre : action; Durée : 2h10   Distributeur : Paramount / The Walt Disney Compagny

THE PLACE BEYOND THE PINES

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Luke, cascadeur à moto itinérant, retrouve lors de l’un de ses spectacles le chemin de Romina, aventure d’un soir, et découvre qu’elle lui a caché l’existence d’un  fils. Le motard décide alors de tout quitter pour assumer ses responsabilités de nouveau père et part braquer des banques. Il va se heurter à Avery Cross, policier ambitieux, décidé à s’élever rapidement dans sa hiérarchie gangrénée par la corruption.

The place beyond the Pines invite, non sans un certain fatalisme, à réfléchir sur l’importance des choix opérés par l’Homme et s’attarde sur les répercutions qu’ils peuvent avoir sur les générations futures. Pour cela, le spectateur va suivre la chute aux Enfers de Luke (Ryan Gosling) et le chemin de croix d’Avery (Bradley Cooper), pour aboutir à la synthèse de deux parcours, à travers leurs enfants.

Si ce faux polar au goût de tragédie grecque – et trop vite assimilé par certains à un Drive à deux roues –  aurait pu rapidement sombrer dans le pathos, les nombreuses qualités filmique du long-métrage en font une œuvre chorale profonde et aboutie.

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Mais la principale gageure et réussite du réalisateur Derek Cianfrance est de réaliser un triptyque en un seul film. A la différence de Babel du mexicain Alejandro Gonzàlez Inarritu, où les images se faisaient échos et répondaient à une implacable logique narrative, ici le film est véritablement découpé en trois partie. Les scènes finales semblent d’ailleurs être la conclusion d’une saga, au même titre que Le Parrain III ou The Dark Knight rises.

Quant au casting, si le talent de Ryan Gosling ou Bradley Cooper n’est plus à démontrer,  il est bon de rappeler celui d’Eva Mendes qui avait  déjà montré toute l’étendue de celui-ci dans La nuit nous appartient de James Gray, et qui prouve qu’on peut jouer dans 2 Fast 2 Furious ou avoir comme partenaire Will Ferrell, et être à sa place dans un film d’auteur. Amaigrie et sans maquillage, elle compose ici un rôle à des années lumières de son image de sex-symbol et prouve définitivement qu’elle peut jouer sur tous les registres avec justesse.

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A noter, la présence au générique de Mike Patton, le musicien et chanteur du groupe de rock/funk/fusion Faith No More, qui assure une bande-originale soignée et envoutante, tant dans la tension quelle amène à certaines scènes que dans le retrait nécessaire à d’autres.

Tout ces atouts font de The place beyond the Pines, une partition dont chaque note compte, afin d’assurer à cette symphonie une belle illustration du déterminisme humain et de la confusion des sentiments.

Olivier Fournel

Sortie depuis le 20 mars 2013; de Derek Cianfrance; Avec : Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes, Rose Byrne, Dane Dehaan… Long-métrage américain; Genre : drame; Durée : 2h20   Distributeur : Studio Canal