DEPECHE MODE : LA GUERRE DES ETOILES (3ème partie)

Pour les Depeche Mode, les décennies s’enchainent, mais ne se ressemblent pas. Après une fin de XXème siècle, plutôt chaotique, où Dave Gahan à tenté (et presque réussi) à battre les records homologués de Jim Morrison et Keith Richards réunis dans le Guiness Drug des rockers, le groupe revient plein de bonnes intentions. 2001 : L’odyssée continue…

Exciter – 2001 – **

exciter

… En même temps, redémarrer avec un album au tel nom, on se dit que ça va péter dans tous les sens. Et là… Là… Pour un certains nombre de critiques, pour beaucoup de fans, cet opus reste un haussement d’épaule d’incompréhension musicale. Incompréhension qui s’est présentée de cette manière au sein du groupe : Dave arrive avec une ou deux chansons. Martin lui répond qu’elles ne rentrent pas dans le concept de l’album.  » C’est quoi le concept ? demande le chanteur, y’en a pas lui répond le compositeur ». Ambiance.

Donc, douze ans après sa sortie, que reste-t-il de Exciter ? Un étrange malaise, comme un quiproquo. Mark Bell, producteur de Bjork y est sûrement pour beaucoup. Tout le long de ce 10ème album studio, on attend que ça démarre et on arrive à la fin en disant que c’est pas possible, Depeche Mode est flingué. Le tempo est lent, mais lent… Les batteries ne sont plus que synthétiques et les sons, pour la plupart, soit totalement torturés, soit passablement (dé)trempés de miel. Infernal. Plus rien de vénéneux, plus rien de noir, ça sent la maison de retraite des Lilas ou la crise de la quarantaine à base de bonbons acidulés et de toutes les couleurs. On les préférait drogué…

Dream on (espère toujours) porte bien son nom. On attend, on espère et rien ne vient. Un single, certes, très sympathique, mais lymphatique aussi. Paradoxalement, on sent la voix de Dave retrouvée, avec des variations dans les aiguës qui étaient jusqu’ici inconnues et ce tout le long de l’album. Shine est un morceau un peu insignifiant à l’électroencéphalogramme plat. The sweetest condition reprend un peu de rythme à la I feel you mais sans le feu, sans la passion, sans l’intensité. Oui, bien sûr, When the body speaks a un joli arpège à la guitare, des cordes bien foutues, mais il inspire plus une bonne sieste qu’une écoute attentive.

The dead of night est une aberration. Le titre du morceau, les paroles (« nous sommes les morts de la nuit, on est dans la chambre des zombies »…), les sons distordus n’inspirent que des haussements sourcils. Si le père Gore voulait nous paumer, c’est gagné. Haut la main. On peut quand même soulever que le morceau, en concert, donnera lui, quelques bonnes surprises. Lovetheme est la pire instru jamais composée. Ou alors composée par le synthé Casio d’un des gamins de Martin. Le plus insolite, c’est qu’il arrive à nous chanter un Comatose de circonstances. L’auditeur, à ce moment de l’album, en est à son cinquième AVC. Avec Freelove, Dave continue de nous la jouer crooner et nous inviter dans les boites à partouse. Alors, c’est pas l’envie qui manque, mais on est pudique, donc non merci.

On essaie désespérément de se réveiller avec I feel loved et une nouvelle fois, les sons nous agressent, pas une seule mélodie et juste une espèce de parodie de morceau « dance trash ». Tellement mauvais que le groupe ne le jouera pas en live alors qu’il se pait le luxe de le sortir en single ! La seule véritable pépite de l’album serait plutôt Breathe avec, ENFIN, un peu de mélodie et des paroles qui nous rappelle que Gore est un très bon parolier. Deuxième instru, Easy tiger, on dit que des fans en étaient à leur sixième tentative de suicide à ce moment de l’écoute. I am you s’écoute et s’oublie, aucun rythme, pas d’élan… Question de nous déchirer jusqu’au bout, les Depeche Mode nous offre une berceuse avec Goodnight lovers… Une berceuse. Ratée de surcroit. Une berceuse ? Oui, une berceuse. Il vous reste un Lexomil ou deux ? Deux boites, s’il vous plait.

Album d’une rare fainéantise intellectuelle, Exciter est LE VRAI ratage de la carrière du groupe. Les deux étoiles se justifient pour trois morceaux, Dream on, When the body speaks et Breathe. Et encore, c’est généreux. La voix de Dave, plus élastique donne aussi un peu de relief à un ensemble d’une platitude sans nom. On se dit que les originaires de Basildon ont perdu un pari et que ça ira mieux demain. Mais demain, c’est dans quatre ans et c’est long quatre ans.

Playing the angel – 2005 – ****

playing

Mais quatre ans plus tard débarque dans les oreilles Precious, un morceau aux accents de Enjoy the silence, peut-être pas le même hit, mais vachement bien gaulé, plus sincère et avec une mélodie, une vraie et, encore plus beau, la voix de Dave qui grimpe et qui grimpe encore un peu plus. Incontestablement une réussite. La chanson parle du divorce de Martin et une grande mélancolie, toute en retenue, nous saisie à la gorge.

Quelques mois plus tard arrive l’album Playing the angel et c’est du tout bon. Le groupe renait de ses cendres et nous offre un CD de très belle facture. Entre temps, Dave Gahan a mis un coup de pression et signe trois titres. Ben Hillier, le producteur de Blur va entamer la première de ses trois collaborations avec le groupe. Gore, toujours bourré composent de belles ses chansons qui transpirent un véritable malaise qu’on aime tant chez les Mode et la guitare, malgré la batterie synthétique, est de plus en plus présente.

A pain I’m used to c’est la réponse à The dead of night du précédent opus. Même distorsion mais avec, là, un vrai sens. Violence, puissance, tout y est. Et que dire du superbe John the revelator ? Une chanson étonnante chez eux, pas de couplet ou de refrain à proprement dit. Mais une complainte toute en intensité, une voix puissante et un rythme qui ne nous laisse pas indemne. Le premier morceau de Mr Gahan Suffer Well, s’ouvre sur une mélodie à la basse à six cordes de toute beauté. C’est de nouveau super puissant et le refrain monte comme il faut. Une vrai réussite et sûrement encore aujourd’hui, la meilleure composition de Gahan. The Sinner in me nous rappelle les plus beaux morceaux sulfureux et noirs du groupe. Réécoutez la fin et comparez avec Clean. Vous m’en direz des nouvelles. Formidable.

Le premier titre chanté par Gore, Macro est bien beau aussi, avec, pour la première fois, un refrain chanté AVEC Gahan en chœur ! Le contraire est toujours arrivé, mais là, c’est nouveau et ça donne une jolie couleur à cette chanson qui ne renouvèle pas grand chose malgré tout. I want it all est un peu le ventre mou de l’album. Ambiance sombre, calme et légèrement torturée, mais ça se traîne un peu et la réécoute lui est fatale. D’autant plus que Gahan n’est pas un très bon parolier. Un peu la même chose pour Nothing’s impossible, bien que le rythme mette le morceau un peu plus en valeur. Le refrain est de meilleur qualité et la fin est bien plus agréable, plus aérienne. Le second titre chanté par Martin Damaged people nous emmène dans une petite comptine avec des sonorités comme des petites cloches de Noël. La voix de Gore est toujours aussi exceptionnelle, jouant sur différents timbres, sur des variations tonales vraiment remarquables.

Bien sûr, pour le morceau Lilian je ne suis pas objectif ! Personnellement, ça me parle, surtout quand on dit dans le refrain que Lilian passe son temps à faire du mal ! Mais, musicalement, le morceau fonctionne avec une bonne grosse partie de synthé un peu old school et une basse bien présente. La chanson rentre facilement dans la tête et n’en sort pas avant de longues heures. Ouais, on peut dire que c’est ma bio… Enfin, The darkest hour clôt l’album de manière une peu trop discrète et n’est pas à la hauteur de l’entrée en matière avec A pain

Au final, Playing the angel est un CD d’excellente facture et remet Depeche Mode sur la route de l’inspiration, de leur noirceur synthétique. Peut-être que la seconde partie est moins intéressante mais il y a de bien belles choses et surtout une vrai cohérence. La tournée qui s’en suit, est l’une des plus belles et les concerts, résolument rocks.

Sounds of the universe – 2009 – ***

sound

Décidément, les Depeche Mode auront traversé les années 2000 assez bizarrement. Ils les ont ratés au début, rattrapés par la suite et les finissent en demi-teinte. SOTU souffre d’un manque de cohérence flagrante. Pourtant, avec un titre pareil, on pouvait se dire que le groupe nous faisait un petit clin d’œil à leur « Musique pour la masse ». Maintenant, en passant à l’univers tout entier, c’était sûrement un peu trop présomptueux. Depuis Playing the angel, Martin Gore a été pris d’une frénésie d’Ebay, achetant à tout va des dizaines de vieux synthés, y compris analogiques. Le résultat, au final, nous donne plus le sentiment d’un grand ensemble de démos qu’un album totalement fini. Et puis, c’est surtout que ça part dans tous les sens, entre pop légère ou coup de fusil dans la tronche, il y a un choix qui n’a pas été fait. Gore a arrêté de boire, et c’est peut-être là le problème.

Pourtant, Wrong, le premier single, servi par un clip assez fantastique, arrive dans nos oreilles comme un énorme coup de poing au foie. La violence du morceau, sa brutalité nous renvoie à Barrel of a gun et semble encore plus direct, plus fataliste. On est lancé, comme dans le clip, dans une caisse qui va manger un mur à la fin et il n’y a rien à faire. Magistral morceau où la voix de Gahan, péremptoire, ne nous laisse aucun autre choix que d’applaudir. Le soucis, c’est que cette chanson est le seul hymne d’album.

L’intro de In chains aurait mérité une piste à elle seule. C’est bien joli ce « la » que cherchent tous les synthés du groupe, mais c’est un peu long. La guitare en fond n’est pas sans rappeler l’ambiance de Walking in my shoes mais sans les envolées lyriques. C’est sympa, mais sans relief. Je recommande le remix fait par Alan Wilder, pas rancunier, pour l’album de remix paru en 2012, dix fois plus puissant. Hole to feed, le premier morceau de Gahan, fait la part belle à une rythmique un peu étrange, sûrement sortie de la tête du très talentueux batteur allemand Christian Eigner, compagnon du groupe depuis 1998 et grand copain du chanteur. Malheureusement, cette même rythmique empêche tout décollage.

Passé Wrong on tombe sur Fragile Tension qui est un bon morceau, aux basses lourdes et à l’ambiance plutôt aérienne. Un bon « driving beat » et la guitare saturée de Martin donne un peu de relief et un joli contrepoint face à l’armée de synthés déployés en face. Bon, ensuite, on commence à s’ennuyer avec Little Soul d’une platitude extrême. Ce serait très bien sur un album du blondinet compositeur mais là, on craint le retour de Exciter. Heureusement, In sympathy est bien… sympathique. Pop légère donc, mélodie plaisante, mais on a cette étrange impression que le groupe essaie de retrouver le son de Construction time again ou Some great reward (d’ailleurs, dans les bonus dvd, ils s’amusent à reprendre en studio Stories of old). Hé les gars, c’était il y a 25 ans ! On essaie de se situer dans le temps ou on passe sa vie à regarder derrière ?

Peace est, à coup sûr, le morceau « qu’il ne fallait pas faire ». Alors oui, Dave pousse sa voix très très haute, mais c’était pas la peine. Mélodie insignifiante, claviers qui se battent tout seuls, ennui total. Come back possède cette énergie qui manque à bon nombre de morceaux de l’album. Certes, l’ami Gahan n’est toujours pas un bon parolier, mais le titre vient chercher un peu de noirceur dans ses gammes, dans ses hauteurs de tonalité et la saturation de la guitare donne une vraie pêche à l’ensemble. Pour autant, la version dénudée qu’on trouve encore sur le dvd, juste au piano, est peut-être plus intéressante. Avec Perfect, on retrouve toujours ce son un peu léger, un beau mélange des voix et c’est toujours aussi « sympatoche » mais on s’endort un peu. Miles away, troisième et dernier morceau composé par le « front man », fait la part belle à pas mal de distorsions, à des propositions pas idiotes, un joli melting-pot sonore, mais on n’y est plus vraiment. Jezebel est le seul titre chanté par Gore et on s’en serait gentiment passé. L’album se clôt sur Corrupt qui est clairement pompé sur I feel you (essayez de chanter le début, vous verrez, c’est pareil). Il y a une jolie montée, des intentions à la Wrong mais tout cela arrive à la fin et on reste là, les mains un peu sur les hanches, pas complètement déçu, mais vraiment pas enthousiasmé.

A noter dans les bonus cinq morceaux : Lights, très bien, dont il est difficile de comprendre pourquoi il a été viré de l’album, Ghost dont on comprend pourquoi il a été viré, même constat pour The light & the moon, très ennuyant aussi, un instru sans intérêt Esque (que quelqu’un peut m’expliquer ce que fait ce truc ici ?) et enfin Oh Well, tout premier morceau composé par Gore et écrit par Gahan, sorte de tentative « electro hard » qui pulse plutôt à vide.

Avec SOTU, Depeche Mode nous donne le sentiment d’avoir fait plein de travaux d’études, réussissant un formidable Wrong (d’ailleurs, le making off disponible en dvd nous montre une grande partie du temps toute l’équipe travailler à ce morceau) et en se cherchant sur la plupart des autres. En résulte une impression un peu étrange, circonspecte de l’auditeur que je suis.

DM

Dans quelques jours sort le très attendu Delta Machine. Ce qu’on a déjà pu en entendre donne très envie et renvoi plutôt à la cohérence de Playing the angel. Seul bémol sur les premières choses entendues, la batterie, toujours aussi synthétique… Quand on sait combien elle transcende les morceaux en live, on se demande vraiment pourquoi les anglais s’en passent sur leurs albums… Réponse la semaine prochaine !

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