DEPECHE MODE : LA GUERRE DES ETOILES (1ère PARTIE)

Après le retour – tant attendu – du dieu Bowie, c’est à un autre David de faire son retour dans les bacs. Je parle bien sûr de Dave Gahan et donc du groupe Depeche Mode. A l’occasion de la sortie imminente de Heaven, LE Lloyd, maître incontesté et incontestable de l’œuvre « Depechemodienne » – comme Stéphane Bern peut l’être de l’histoire de la famille des Grimaldi de Monaco – nous retrace l’histoire du groupe mythique à travers ses trois grandes périodes…

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Je ne peux écrire sans musique et la musique a fait, fait, fera toujours partie de ce que je suis. En haut de toutes les choses que j’aime écouter, on peut y trouver bien sûr Bowie, And Also The Trees, U2, Cure, Bashung, Ferré, j’en passe et des meilleurs. Mais j’ai toujours eu une affection particulière pour Depeche Mode, sûrement en rapport avec un goût immodéré pour le travail du son synthétique, pour l’imagerie et aussi, pour un groupe dont les chansons ont accompagné un bon nombre d’évènements de ma vie d’homme.

Alors que le nouvel album sort le 25 mars (presque pour mon anniversaire, joli cadeau) et que c’est le seul groupe que je connaisse qui ai chanté un titre du nom de Lilian (2005, sur Playing The Angel), je me sens une envie de partager ici ma discothèque avec mon humble « étoilage ». Fan, venez me hurler dessus ou apporter votre regard, pas fan, vous pouvez attendre ma prochaine chronique de dépressif tendance mélancolique.

Speak & Spell – 1981 – **

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S’il n’y avait pas le tube mondial Just can’t get enough, ou le réfrigérant Photographic, Depeche Mode n’aurait été qu’un groupe du début des années 80 comme tant d’autres, et aurait disparu après cet album. Dreaming of me est bien mignon, mais plus de 30 ans ont passé, et il faut reconnaitre qu’il fallait être un génie pour prédire un avenir musical à ce groupe. La voix de Mister Gahan mixée très en arrière (comme la plupart des bands de l’époque) et les six notes de chacune des mélodies donnent le sentiment que ce furent les synthétiseurs qui composaient les morceaux pendant que les garçons étaient aux toilettes. Pourtant, quelque chose a opéré et même si Vince Clarke, principal compositeur de l’album se tire rapidement, les DM vont repartir au boulot pour une nouvelle galette.

A broken frame – 1982 – **

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De nouveau, deux étoiles pour cet album, même si ça peut sembler un peu sévère. Mais en dehors du très vicieux Leave in silence (coup de couteau à Vince Clarke pour son départ), du très pop See you, ou de l’excellent The sun & the rainfall qui clôture l’album, les trois garçons se cherchent. Pour autant, les mélodies se font plus intéressantes et les sons s’enrichissent. On sent que les Mode se sont mis à lire les modes d’emploi de leurs synthés et ont pris quelques cours de solfège. Personnellement, Satellite avec sa ligne bondissante et ses accents de reggae possède un petit charme suranné. En revanche, The meaning of love est une ballade à la frontière de la débilité, tant au niveau de la musique que des paroles d’une rare vacuité. L’arrivée en fin d’album d’un quatrième énergumène du nom de Alan Wilder va apporter ce qui manque au groupe, de la discipline.

Construction time again – 1983 – *** 

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Wilder est un malade de studio. Martin Gore, devenu principal compositeur, arrive avec une pauvre démo à la guitare et ce génie de Wilder en fait Everything counts. Ce morceau, véritable hymne politique tendance gauche de la gauche (rappelons la pochette du précédent album, une femme avec une faucille, celui-ci un homme avec un marteau…), est puissant avec sa ligne de basse, martiale à souhait. Le refrain sera repris par des centaines de milliers de fans dans le monde et le seul chanté par Gore seul. Cet album montre que les Depeche Mode travaille enfin, ils bossent le son, tapent sur des casseroles, cherchent à s’inventer un style bien à eux – et le trouvent. Love, in itself, est une jolie ballade qui ne fait du mal à personne, Pipeline envoie tout le monde à la mine avec des sons de marteaux, et les quelques morceaux écrits par Wilder sont de bonnes factures. Trois étoiles prometteuses pour une groupe qui enchaine albums et tournées et ce n’est pas fini…

Some great reward – 1984 – ***

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Trois grosses étoiles pour un album qui part sur les chapeaux de roues avec Something to do. Le ton est donné, on va pas se marrer ce coup-ci. Les samplers chauffent et le père Wilder en est l’un des premiers responsables. Si on se calme un peu avec le sensuel Lie to me où la voix de Dave commence à se faire profonde et gutturale, la piste d’après avec le très célèbre People are people (morceau que déteste aujourd’hui Gore qu’il juge trop facile), on entre dans une usine avec tous ces sons industriels. N’empêche que ça marche et que ça démonte les pistes de danse. La seule petite perle qui échappe à la fraîcheur ambiante de l’album, c’est Stories of old, un beau petit morceau drôlement bien ficelé dont je vous conseille la reprise acoustique qu’ils en ont faite en 2009.

Bien sûr, comment passer à côté du PREMIER tube chanté par Gore, Somebodyqui a fait pleurer plus d’un ado à l’époque, mais réécoutez le, avec les sons d’ambiances, on a vraiment l’impression d’entendre un type un peu désabusé chanter en plein milieu d’un mariage et qu’au moment du refrain, il pleut…

Quid de Master & servant, qui aurait pu servir de sonnerie pour tous les téléphones des sado maso de l’époque (si le portable avait existé… bien sûr) ? Chanson froide, indus encore et toujours qui rentre dans la tête comme c’est pas permis. En revanche, écoutez-le et comparez la mélodie avec Let’s go to bed des Cure et vous revenez me voir. Enfin, Blasphemous Rumours sa multitude de samples est un incontournable de Depeche Mode avec son refrain qui, aujourd’hui, remettrait les anti-mariage gay dans la rue (Je ne veux pas faire courir des rumeurs blasphématoires mais je trouve que Dieu a un sens de l’humour noir et quand je mourrais, je m’attends à le trouver en train de rire)…

Signalons un album de singles sorti en 1985, qui livrera un morceau inédit très beau, aérien, à la mélodie sublime, Shake the disease. Pour le reste, on peut entendre une évolution très marquée des DM en cinq ans, jusqu’à…

Black Celebration – 1986 – *****

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Le premier album CINQ ÉTOILES de Depeche Mode. Ils ont cherché, ils ont trouvé. « Les gars, avec les synthés, on va faire des chansons noires et on va s’habiller en cuir aussi et je vais écrire des textes sur la religion et le cul, je pense que ça peut le faire » affirme Gore à ses camarades (je ne garantie pas le verbatim de son discours, mais en gros, c’est l’idée). Bon, clairement, le morceau qui donne son nom à l’album donne le ton. Sortez vos antibrouillards, parce qu’on ne va pas beaucoup voir clair. Fermez les yeux et laissez vous envahir par le venin de chaque chanson. Fly on the windscreen vous explique que vous êtes bloqués devant la télé à regarder des horreurs. La batterie est creuse dans sa caisse claire, la mélodie ne vous laisse pas trop le choix que d’adhérer, le sample d’un flic au talkie vous met mal à l’aise et la voix de Dave vous oblige à « venir, à m’embrasser, maintenant » (pas moi, hein, lui…). On obéit. A question of lust, si vous n’avez jamais emballé là-dessus, il vous manque un truc à faire avant de mourir. Les DM se permettent tout, comme avec Sometimes, un canon… un canon ? Ben, oui, un canon… ça s’explique pas, ça s’écoute.

Et là, boum, vous vous prenez A question of time en pleine poire et qu’entend-t-on je vous demande ? Une guitare ! Tiens… une guitare sur du DM. Et ça donne, ça donne. La chanson donne le sentiment d’un compte à rebours auquel personne n’échappera, tant pis pour vous. En dehors de Just can’t get enough, sûrement le premier morceau culte du groupe, qu’il continue de jouer d’ailleurs. Mais ce n’est pas fini. Stripped, est tout simplement, l’une des plus grandes chansons de DM. La batterie sort de nulle part et partout à la fois, on est dans un train, dans une voiture et on s’arrache de la Terre dans le refrain « Je veux te voir te déshabiller jusqu’aux os ». La mélodie sur le pont est purement aérienne. Un chef d’œuvre.

L’album atterrie doucement avec cet autre titre magnifique Here is the house où les samples sont encore nombreux et où les deux voix de Gahan et Gore se mêlent à la perfection, nous faisant comprendre que peu de groupse dans l’histoire du rock ont eu la chance d’avoir une telle complémentarité vocale (citez m’en cinq…). Dressed in black ou New Dress n’apportent pas ou plus grand chose, l’album est grand, très grand et n’a toujours pas pris une ride.

Music for the masses – 1987 – *****

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Pour être honnête, comme beaucoup, j’ai découvert Depeche Mode avec cet album et à l’heure d’aujourd’hui, c’est le troisième Cd que j’achète, les deux premiers ayant fondu dans mon lecteur à force d’écoutes. Que dire ? Never let me down again est, pour moi, le plus grand morceau du groupe. Ballade stratosphérique, mélodies implacables, refrain qui tutoie les étoiles. Ecoutez le encore et encore et vous découvrirez toujours quelque chose qui vous étonnera, un son oublié, une mélodie au loin. Avec La nuit je mens de Bashung, vous pouvez me balancer ça à mes obsèques pour que je parte tranquille.

Le reste de l’album est du même acabit. Je fais vite. The things you said, émotion pure, Strangelove, tubesque à souhait avec son pont prônant la douleur et encore la douleur, Sacred, plus convenu mais efficace, Little 15, que vous pouvez me mettre en boucle pour que je me souvienne de mes 15 ans de l’époque (j’en avais 14 en réalité) et que je chiale le temps de la musique (et écoutez la Sonate au clair de lune du père Ludwig, vous verrez une vraie relation incestueuse avec ce morceau-là), Behind the wheelun autre hit total qui commence par un enjoliveur qui tournoi sur le bitume pour partir sur un « beat » de grosse caisse qui vous lance sur une autoroute à contresens aux sons de mélodies multiples et enivrantes, I want you now, où Gore chante un gospel sur fond de partouse générale dans le sampleur, To have & to hold, qui ferait un bon générique d’une émission pour faire flipper les spectateurs de BFMTV, Nothing, assez attendu mais qui sait faire mouche aussi et enfin l’instru Pfimf qui rappelle que Wagner peut aussi inspirer des gens biens.

Bref, vous l’aurez compris, dans les années 80, cet album fait figure de modèle et propulse les Mode en haut, tout en haut. On pourra vérifier ça en 1989 avec la sortie de leur live 101, où la popularité du groupe est à son comble. A noter les centaines de remixes plus ou moins bons sortis durant ces années. Le grunge arrive, on se dit qu’ils ne peuvent pas faire mieux. Et pourtant…

A Suivre….

Lilian Lloyd

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Une réflexion sur “DEPECHE MODE : LA GUERRE DES ETOILES (1ère PARTIE)

  1. Que du bonheur cette critique
    Même si j’ai découvert Le groupe sur le tard. C’était la musique bizarre qu’écoutait mon frangin avec son groupe de potes, dont son fameux « chef » ;).
    Mais il faut avouer qu’à force d’écouter, ça rentre bien dans la peau et que j’ai fini par devenir un grand fan du groupe.
    Content de voir les 5 étoiles pour l’album « Music for the masses » qui reste mon préféré.
    Et surtout impatient de te voir démonter le groupe pour l’album qui n’aurait jamais dû être : Exciter.
    L’album qui m’aura fait croire en la mort du groupe.
    C’était sans compter l’album 5 étoiles qui s’en suivra
    Vivement la suite

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